Dans la vie de tous les jours, on emprunte et on prête : pour un commerce, une moto, un loyer, une fête. L'islam ne s'y oppose pas, bien au contraire : il encourage l'entraide et le commerce. Ce qu'il interdit, c'est le riba, souvent traduit par « usure » ou « intérêt ».
Ce que dit le Coran
وَأَحَلَّ اللَّهُ الْبَيْعَ وَحَرَّمَ الرِّبَا
« Allah a rendu licite le commerce et illicite l'usure. » (sens du verset, Al-Baqara 2:275)
Le verset répond à ceux qui disaient : « le commerce, c'est comme l'usure ». Non : dans le commerce, on échange un bien ou un service et on accepte un risque. Dans l'usure, on exige un surplus sur une somme prêtée, que l'affaire réussisse ou non.
Quelques versets plus loin, le Coran demande de renoncer au reste de l'usure :
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اتَّقُوا اللَّهَ وَذَرُوا مَا بَقِيَ مِنَ الرِّبَا إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ
« Ô vous qui croyez ! Craignez Allah et renoncez au reliquat de l'usure, si vous êtes croyants. » (sens du verset, Al-Baqara 2:278)
Il rassure le prêteur : il retrouve son capital, « sans léser personne et sans être lésé » (2:279). Puis il ajoute une règle de douceur : si le débiteur est en difficulté, on lui accorde un délai, et lui remettre la dette est encore meilleur (2:280).
Ce que dit la Sunna
Le Prophète ﷺ a maudit celui qui mange l'usure, celui qui la donne, celui qui l'écrit et ses deux témoins, en disant qu'ils sont égaux (Sahih Muslim, n° 1598). Le riba n'est donc pas seulement l'affaire du prêteur : tous ceux qui organisent l'opération sont concernés.
Le hadith des six biens précise une autre forme de riba : « l'or contre l'or, l'argent contre l'argent, le blé contre le blé, l'orge contre l'orge, les dattes contre les dattes, le sel contre le sel, à quantité égale, de la main à la main » (Sahih Muslim, n° 1587). Échanger ces biens de même espèce avec un surplus, ou en différant la livraison, est aussi du riba.
Les deux formes de riba
- Le riba du prêt : rendre plus que ce qu'on a emprunté, parce qu'on a emprunté. C'est l'intérêt bancaire classique, mais aussi la pénalité qui grossit avec le retard.
- Le riba de l'échange : échanger des biens de même espèce (or, argent, monnaie…) en quantités inégales ou avec un délai.
Les savants des écoles juridiques, dont l'école malikite suivie en Côte d'Ivoire, détaillent ces règles dans les chapitres des ventes, comme le fait Ibn Rushd dans Bidayat al-Mujtahid.
Pourquoi cette règle
L'usure fait porter tout le risque sur celui qui a besoin d'argent. Si l'affaire échoue, il doit quand même rembourser plus, et la dette enfle. L'islam préfère deux voies :
- le prêt gratuit (qard hassan), un acte de bienfaisance récompensé ;
- le partage du risque : on investit ensemble, on partage les profits et les pertes, ou on vend avec une marge connue d'avance.
C'est sur ces principes que s'appuient les banques islamiques : la mourabaha (vente avec marge connue), l'ijara (location), la moucharaka (association).
Dans la vie de tous les jours
| Situation | Ce qu'il faut regarder |
|---|---|
| Tontine entre amis | Chacun récupère exactement ce qu'il a versé : pas d'usure. Si le premier servi paie un « bonus », il y en a. |
| Prêt entre proches | Rendre la même somme. Un cadeau spontané au remboursement, non convenu, est permis ; un surplus promis d'avance ne l'est pas. |
| Crédit bancaire classique | Les intérêts sont un surplus lié au prêt : c'est le cœur du problème. Chercher une alternative (mourabaha, ijara) auprès d'un guichet islamique. |
| Pénalité de retard | Si elle enrichit le prêteur, elle ressemble à de l'usure. Dans la finance islamique, elle est versée à des œuvres. |
| Achat à crédit chez un commerçant | Permis si le prix total est fixé à la signature et ne grossit pas avec le retard. |
| Échange de devises ou d'or | De la main à la main, au comptant, sans délai pour l'une des deux parties. |
La question à se poser avant de signer : est-ce que je rembourse un surplus parce que j'ai emprunté ? Si oui, parle à ton imam avant de t'engager.
Pour ta situation personnelle (crédit en cours, compte d'épargne, salaire versé en banque), parle avec ton imam : il connaît les avis des savants et ta réalité.