Acheter une moto, un téléphone ou un terrain en plusieurs fois, sans tomber dans l'usure : c'est possible. La mourabaha en est la forme la plus connue. Mais tout ce qui porte ce nom n'est pas forcément permis.
Ce qu'est la mourabaha
Le mot vient de ribh, le bénéfice. C'est une vente avec une marge annoncée : le vendeur dit ce que le bien lui a coûté, ajoute son bénéfice ; l'acheteur accepte ce prix. Le paiement peut être comptant ou étalé dans le temps.
Exemple : une moto achetée 600 000 F par le vendeur, revendue 642 000 F payables en 12 mois. Le bénéfice de 42 000 F est connu de tous dès le départ.
Pourquoi c'est permis
Le Coran distingue clairement les deux : « Allah a rendu licite le commerce et illicite le riba » (2:275). La mourabaha est un commerce : on échange un bien contre un prix.
Vendre plus cher à crédit qu'au comptant est admis, à condition que le prix soit fixé une fois pour toutes au moment de la vente. C'est la position de l'Académie internationale du fiqh (résolution 51, 1990).
Les conditions qui la rendent licite
1. Le vendeur possède vraiment le bien avant de le revendre. Le Prophète ﷺ a dit à Hakim ibn Hizam : « Ne vends pas ce que tu n'as pas » (Jami' at-Tirmidhi, n° 1232 ; Sunan Abi Dawud, n° 3503). 2. Il en porte le risque : si la moto est volée ou abîmée avant la livraison, c'est sa perte, pas celle de l'acheteur (Académie internationale du fiqh, résolutions 40 et 41, 1988). 3. Le prix ne bouge plus. Il n'augmente pas si l'acheteur paie en retard : faire grossir une dette parce que le délai s'allonge, c'est le riba de l'époque préislamique. 4. Le contrat est écrit : bien, prix, échéances. « Lorsque vous contractez une dette à échéance déterminée, mettez-la par écrit » (2:282).
La mourabaha à la banque
Une banque islamique peut acheter le bien que tu as choisi, puis te le revendre à crédit. C'est permis si la banque achète réellement le bien et le possède avant de te le vendre. Ta promesse d'acheter, faite avant, n'est pas encore la vente.
Ce qui ne l'est pas : un « crédit mourabaha » où la banque te verse simplement de l'argent que tu rembourses avec un surplus. Le nom ne change pas la réalité : c'est un prêt à intérêt.
Et si je paie en retard ?
Dans une vraie mourabaha, le prix reste le même. Pour éviter les abus, certaines banques font signer un engagement à verser une somme à une œuvre de bienfaisance en cas de retard sans excuse : la banque n'en garde rien.
Pour celui qui ne peut vraiment pas payer, le Coran est clair : « S'il est dans la gêne, accordez-lui un délai jusqu'à ce qu'il soit dans l'aisance » (2:280).
Mourabaha ou crédit : la vraie différence
La mourabaha n'est pas forcément moins chère qu'un crédit. Ce qui change, c'est la nature du contrat : dans le crédit, on loue de l'argent et la dette grandit avec le temps ; dans la mourabaha, on achète un bien à un prix qui ne bougera plus.
Avant de signer un contrat de mourabaha, vérifie qui possède le bien et ce qui se passe en cas de retard. Puis montre-le à ton imam. Pour t'entraîner, essaie le simulateur « Crédit ou mourabaha ? » et le jeu « Halal ou riba ? » sur la page Finance islamique de Dalil.