Acheter une action, ce n'est pas prêter de l'argent : c'est devenir copropriétaire d'une entreprise, partager ses bénéfices et ses risques. C'est pourquoi les savants contemporains ne rejettent pas la bourse en bloc : ils regardent ce que fait l'entreprise et comment on achète.
Ce que fait l'entreprise
Une société dont l'activité principale est interdite est exclue : banque à intérêt, alcool, porc, jeux de hasard, divertissement immoral, tabac, armement selon les normes. Le Coran interdit le maysir, le jeu de hasard (Al-Ma'ida 5:90), et le gain obtenu injustement (An-Nisa 4:29).
La question délicate concerne les sociétés « mixtes » : une activité licite (télécoms, ciment, agroalimentaire), mais des dettes bancaires à intérêt ou des placements rémunérés. Presque toutes les grandes entreprises sont dans ce cas.
Deux positions reconnues
L'Académie internationale du fiqh islamique (Organisation de la coopération islamique) a posé le principe en 1992 : créer ou acheter des sociétés à activité licite est permis, mais participer à une société qui pratique des opérations à intérêt est interdit, même si son activité principale est licite (résolution 63). En 1993, elle a demandé des études complémentaires sur ces sociétés mixtes, sans revenir sur ce principe (résolution 77).
L'AAOIFI, l'organisme de normalisation des institutions financières islamiques, tolère les sociétés mixtes sous trois conditions chiffrées (norme n° 21) :
- dettes portant intérêt : 30 % au plus de la valeur boursière ;
- liquidités et placements portant intérêt : 30 % au plus ;
- revenus illicites : 5 % au plus du revenu total.
Les grands indices boursiers islamiques (Dow Jones, FTSE, S&P) appliquent des ratios proches, avec un seuil de 33 %.
Ces deux positions coexistent chez les savants. Choisis avec ton imam celle que tu suis.
La purification
Si tu détiens une société mixte tolérée, une petite part de tes gains vient d'une source illicite (souvent des intérêts). Il faut la donner aux œuvres, sans en attendre de récompense :
part à purifier = dividendes reçus × part des revenus illicites de l'entreprise.
Exemple : 100 000 FCFA de dividendes, une entreprise dont 2 % des revenus sont des intérêts : 2 000 FCFA à donner.
L'AAOIFI rappelle aussi que l'actionnaire a le devoir moral de s'opposer, en assemblée générale, aux opérations non conformes.
Comment on achète
L'Académie du fiqh déclare interdits :
- acheter des actions à crédit avec intérêt auprès du courtier (achat sur marge) ;
- vendre des actions qu'on ne possède pas (vente à découvert) ;
- les options et les contrats à terme sans livraison réelle ;
- les actions privilégiées qui garantissent le capital ou un profit.
Investir à long terme dans une entreprise utile, avec son propre argent, est la démarche la plus sûre. La spéculation effrénée, qui ressemble au jeu de hasard, est à éviter.
Et à la BRVM ?
La Bourse régionale des valeurs mobilières, à Abidjan, cote des entreprises de la région. Avant d'acheter, regarde leurs rapports annuels : activité, dettes bancaires, produits financiers. Des fonds communs de placement conformes à la finance islamique peuvent faire ce travail de filtrage pour toi ; dans l'UMOA, ils doivent disposer d'un conseil de conformité. Pour une alternative aux obligations classiques, voir les sukuk.
Rien ici n'est un conseil d'investissement : la bourse comporte un risque de perte. Pour la règle religieuse, ton imam ; pour le placement, un professionnel agréé.