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Famille

L'héritage en islam : les parts fixées par le Coran, et pourquoi consulter

Les parts d'héritage sont fixées par Allah dans trois versets de la sourate An-Nisa. Les versets, les parts de chacun, un exemple chiffré, la règle du tiers et ce que dit la loi ivoirienne.

5 min de lecture · Publié le 4 octobre 2026 · 6 sources

Dans beaucoup de familles, l'héritage est source de disputes, parfois pendant des années. L'islam a voulu l'éviter : les parts principales ne sont pas laissées au choix des hommes, Allah les a fixées dans le Coran, dans trois versets de la sourate An-Nisa.

Les femmes ont leur part

Avant l'islam, en Arabie, les femmes et les enfants n'héritaient souvent de rien. Le Coran a posé le principe :

لِّلرِّجَالِ نَصِيبٌ مِّمَّا تَرَكَ الْوَالِدَانِ وَالْأَقْرَبُونَ وَلِلنِّسَاءِ نَصِيبٌ مِّمَّا تَرَكَ الْوَالِدَانِ وَالْأَقْرَبُونَ

« Aux hommes revient une part de ce qu'ont laissé les père et mère ainsi que les proches ; et aux femmes une part de ce qu'ont laissé les père et mère ainsi que les proches. » (sens du verset, An-Nisa 4:7)

Les enfants et les parents (4:11)

يُوصِيكُمُ اللَّهُ فِي أَوْلَادِكُمْ ۖ لِلذَّكَرِ مِثْلُ حَظِّ الْأُنثَيَيْنِ

« Allah vous enjoint, au sujet de vos enfants : au fils, une part équivalente à celle de deux filles. » (sens du verset, An-Nisa 4:11)

Le même verset précise :

  • une fille seule, sans frère, reçoit la moitié ;
  • deux filles ou plus, sans frère, se partagent les deux tiers ;
  • avec un ou plusieurs fils, les enfants prennent ce qui reste, le fils recevant le double de la fille ;
  • le père et la mère reçoivent chacun un sixième si le défunt a des enfants ;
  • sans enfant, la mère reçoit un tiers, et le père le reste ; si le défunt a des frères et sœurs, la mère reçoit un sixième.

Le verset ajoute : tout cela vient « après exécution du testament ou paiement d'une dette ».

Pourquoi le fils reçoit-il le double ? Les savants expliquent que l'homme a, en islam, la charge financière de la famille : la dot, le logement, la nourriture de son épouse et de ses enfants, parfois de ses parents. La femme, elle, garde ce qu'elle hérite pour elle seule, sans obligation de dépenser pour le foyer.

Les époux (4:12)

وَلَكُمْ نِصْفُ مَا تَرَكَ أَزْوَاجُكُمْ إِن لَّمْ يَكُن لَّهُنَّ وَلَدٌ

« À vous la moitié de ce que laissent vos épouses, si elles n'ont pas d'enfant. » (sens du verset, An-Nisa 4:12)

  • Le mari reçoit la moitié si son épouse n'a pas d'enfant, un quart si elle en a.
  • L'épouse reçoit un quart si son mari n'a pas d'enfant, un huitième s'il en a. S'il y a plusieurs épouses, elles se partagent ce quart ou ce huitième.

Le même verset parle des frères et sœurs utérins (de même mère) d'une personne sans parent ni enfant : un seul reçoit un sixième, plusieurs se partagent un tiers, à parts égales.

Les frères et sœurs (4:176)

Le dernier verset de la sourate traite de la personne qui meurt sans père ni enfant (kalala) : une sœur reçoit la moitié, deux sœurs les deux tiers ; s'il y a des frères et des sœurs, le frère reçoit le double de la sœur.

Puis viennent les avertissements : « Ce sont là les limites d'Allah » (4:13-14).

Le reste, au plus proche parent

Le Prophète ﷺ a précisé l'ordre : « Donnez les parts fixées à leurs ayants droit ; ce qui reste revient au parent mâle le plus proche » (Sahih al-Bukhari, n° 6732 ; Sahih Muslim, n° 1615). C'est la part de l''asaba : le fils, à défaut le père, puis le frère, et ainsi de suite.

Un exemple chiffré

Un homme décède. Après les frais des funérailles et ses dettes, il reste 7 200 000 FCFA. Il laisse son épouse, sa mère, son père, un fils et une fille.

HéritierPartMontant
Épouse1/8 (il a des enfants)900 000 FCFA
Mère1/6 (il a des enfants)1 200 000 FCFA
Père1/6 (il a des enfants)1 200 000 FCFA
Fils et fillele reste, 3 900 000 FCFA, le fils recevant le double de la fillefils 2 600 000 FCFA, fille 1 300 000 FCFA

Ce cas est simple. Il suffit qu'un héritier manque ou s'ajoute (pas de fils, un frère, une deuxième épouse, un petit-fils dont le père est décédé) pour que le calcul change entièrement.

Avant le partage

On règle d'abord, dans l'ordre :

  • les frais des funérailles ;
  • les dettes du défunt, y compris une zakat non payée ;
  • le testament, s'il y en a un, dans la limite du tiers.

Le testament : un tiers au plus, pas pour un héritier

Sa'd ibn Abi Waqqas, malade, voulait léguer presque tous ses biens. Le Prophète ﷺ lui dit : « Le tiers, et le tiers c'est beaucoup. Mieux vaut laisser tes héritiers riches que les laisser dans le besoin » (Sahih al-Bukhari, n° 2742 ; Sahih Muslim, n° 1628).

Et : « Pas de testament en faveur d'un héritier » (Sunan Abi Dawud, n° 2870 ; Jami' at-Tirmidhi, n° 2120). Le testament sert à faire du bien hors des parts fixées : un proche non héritier, un petit-enfant orphelin, une mosquée, un waqf.

Ce que dit la loi ivoirienne

En Côte d'Ivoire, la succession est régie par la loi n° 2019-573 du 26 juin 2019 relative aux successions, une loi civile qui ne suit pas les parts du Coran. Elle améliore notamment la place du conjoint survivant.

Pour une famille musulmane, cela demande d'être prévoyant : préparer de son vivant, avec un notaire et un imam, les actes qui permettent de respecter à la fois la loi et les parts d'Allah, et favoriser un partage à l'amiable entre héritiers, d'accord sur la règle islamique.

Pourquoi consulter

La science des successions ('ilm al-fara'id) est une discipline à part entière : cas d'insuffisance ('awl), excédent (radd), héritiers qui en écartent d'autres, petits-enfants, épouses multiples. Une erreur peut léser un héritier pendant des générations. Ne partage jamais un héritage sans l'avis d'un savant qualifié en fara'id et d'un notaire.

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