Peut-on, en Côte d'Ivoire, épargner, financer une maison ou un commerce sans intérêt, dans un cadre légal ? Oui : depuis 2018, la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a donné un cadre précis à la finance islamique dans les huit pays de l'UEMOA.
Ce que dit la BCEAO
Quatre instructions de 2018 encadrent l'activité, pour les banques et pour la microfinance. Le principe est simple : toute opération de banque peut être exercée, sous réserve du respect des principes et règles de la finance islamique (instruction 004-05-2018, article 2).
Chaque établissement doit avoir un Conseil de conformité interne : aucun produit n'est proposé sans son certificat (article 3).
Les contrats autorisés
- Mourabaha : la banque achète le bien (voiture, matériel, maison) et te le revend avec une marge connue d'avance. Tu deviens propriétaire immédiatement et tu paies en plusieurs fois. Si tu paies plus tôt, tu ne peux pas exiger de réduction ; si la banque allonge l'échéancier, elle ne peut pas augmenter le prix.
- Ijara : la banque achète et te loue le bien, avec ou sans option d'achat à la fin.
- Istisna : financement d'un bien à fabriquer ou à construire.
- Salam : achat payé d'avance d'une récolte ou d'une marchandise livrée plus tard, utile pour l'agriculture.
- Moudaraba : la banque apporte le capital, tu gères le projet ; les bénéfices sont partagés selon une clé fixée d'avance, et les pertes sont supportées par la banque si tu n'as commis ni faute ni négligence.
- Moucharaka : la banque et toi êtes associés dans un projet ; profits partagés selon une clé convenue.
Et l'épargne ?
Les comptes d'investissement sont rémunérés selon les résultats réels : la BCEAO précise que leur rémunération ne peut pas être garantie à l'avance, et peut être positive ou négative (annexe, article 14). C'est la différence avec un livret classique : pas d'intérêt fixe, mais un partage du résultat.
Les sukuk : l'alternative aux obligations
Un sukuk est un titre de propriété sur un actif ou une activité licite ; le revenu vient de cet actif (un loyer, un profit), pas d'un intérêt. Le règlement UEMOA n° 10/2022, en vigueur depuis 2023, encadre ces titres sur le marché financier régional.
La Côte d'Ivoire a été pionnière : un premier sukuk de 150 milliards FCFA lancé en 2015 sur cinq ans, dont près de la moitié souscrite hors de l'Union, puis un deuxième de 150 milliards en 2016. En octobre 2016, la BRVM a coté cinq sukuk de Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Togo, pour 766 milliards FCFA : elle est devenue la première place africaine des sukuk.
Où en est-on ?
Selon le rapport annuel 2025 de la BCEAO, l'Union compte 21 institutions de finance islamique agréées, contre deux en 2018, banques et microfinances confondues.
En Côte d'Ivoire, la liste officielle de la BCEAO au 31 décembre 2025 compte 29 banques agréées ; aucune n'est une banque islamique à part entière. Dans l'Union, les deux banques entièrement islamiques sont la Banque islamique du Sénégal et la Banque islamique du Niger. L'offre ivoirienne passe donc par des guichets islamiques au sein de banques classiques, et par la microfinance islamique, ouverte en Côte d'Ivoire. La liste de la BCEAO ne les distingue pas : demande directement à ta banque.
C'est la voie que recommandait le FMI dès 2014 pour l'Afrique subsaharienne : commencer par des guichets islamiques dans les banques existantes et par les sukuk, puis adapter la supervision pour accueillir des banques entièrement islamiques. La Banque mondiale et la Banque islamique de développement voient dans la finance islamique un levier contre la pauvreté et pour l'inclusion financière (rapport mondial de 2016).
Avant d'ouvrir un compte, vérifie que l'établissement est agréé sur la liste officielle de la BCEAO, et demande à voir le certificat de son Conseil de conformité pour le produit proposé. Pour savoir si un produit convient à ta situation, parle avec ton imam.